écorner différemment, une étrange traversée du miroir

On écorne en brûlant sur la tête du veau le petit bourgeon à partir duquel les cornes pousseront. C’est un acte invasif mais utile car devenues adultes, les vaches se blessent moins les unes les autres.

Depuis longtemps, l’écornage m’intéressait : ce que j’entrevoyais en ferme me laissait mitigé : des éleveurs transpirant, des veaux meuglant aux yeux révulsés. Puis un résultat variable allant de la perfection à des vaches aux coiffes biscornues dans certains troupeaux. Sur le sujet, les paroles d’éleveurs étaient régulièrement fatalistes : un mauvais moment à passer mais bon, ça se fait…Et puisque les veaux se remettaient à manger aussi sec, ça ne devait pas être si terrible. Pas vraiment l’état d’esprit pour chercher à s’améliorer ! Pour ma part, je me sentais frustré et inutile de ne rien proposer pour soulager les veaux.

Peut-être serais-je resté passif si d’autres n’avaient pas reconnu l’importance de la question : en 2016, l’UMT vache laitière, des chercheurs de l’école de Nantes, produit des recommandations pour améliorer l’écornage. Les ayant lu, je passe à l’action. Un, je m’assure des pratiques locales. Je vois que personne n’a la même façon de faire : ni pour bloquer les veaux, ni pour brûler (j’ai mesuré de 8 à 30 secondes) ! Deux, je teste concrètement les mesures anti-douleur chez un premier éleveur habitué. Et enfin je le propose aux intéressés.

Une année plus tard, une vingtaine d’éleveurs se sont appropriés avec bonheur la nouveauté ! Le plus apprécié, c’est le calme et la régularité pour les intervenants : beaucoup moins de corrida et d’épreuve de force avec les veaux ! Beaucoup d’éleveurs formés ont constaté qu’ils étaient capable d’écorner plus tôt leurs veaux, avec une cautérisation à la fois précise et plus légère. Et puis, pour les veaux, c’est quand même mieux ! Apporter du bien-être à ses animaux donne une profonde satisfaction et, en tant que collaborateurs, ils nous le rendent !

Parler de la douleur des veaux est difficile car en tant qu’éleveur on peut se sentir démuni et attaqué. En réaction alors, et c’est humain, on est vite dans le « ne pas voir, ne pas entendre, ne pas parler »…Cependant que dit la Science ? Sans prise en charge de la douleur, on détecte des signes de douleur et de stress assez intenses au moment de l’écornage et jusqu’à 2 jours plus tard. Les signes ne sont pas toujours visibles mais mesurables « à l’intérieur » des veaux : rythme cardiaque, taux d’hormone de stress (cortisol)…

Alors, que retenir ? Faire bouger une petite pratique telle que l’écornage est une traversée du miroir. Mon seul pouvoir est d’aider ceux qui le veulent à acquérir une nouvelle compétence. Et indiquer sans culpabiliser quiconque, ce que la Science dit afin de regarder les choses en face. L’attitude qui peut aider est la néophilie : rester ouvert à la nouveauté. Et la collaboration : à plusieurs, on est plus intelligents !

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